Au Brésil, la lutte continue contre l’extrème droite !

Dimanche dernier avec la victoire de Bolsonaro, je me suis sentie complétement découragée. Au moment de son discours de victoire, il présente un langage de conciliation nationale. Sordide!!! Nous sommes dans un moment où les fakes news sont un bon analyseur de la raison cynique qui manipule les affects et les idées des gens. Cette raison souvent utilisée par les aimants du pouvoir vide les forces, principalement de ceux qui sont dans le contre-courant antifasciste. C´était avant les résultats, la peur nourrie par plusieurs actions violentes, beaucoup de menaces avec un discours fasciste omnipuissant qui menaçait aussi le congrès, le Suprême Tribunal Electoral. Des crimes contre la législation électorale de la candidature Bolsonaro ont été acceptés. Il ne faut pas oublier l´invasion de 30 universités publiques une semaine avant le deuxième tour. Le Suprême Tribunal qui a déjà pris plusieurs décisions pour assurer l´expansion de cette situation, a changé un peu son discours défendant le droit de l´université comme lieu d´étude et d´échange d´idées. Ouf!!! 

Pourtant la lutte continue. Et toujours des analyses et actions sont indispensables. Le résultat des élections a été équilibré. La différence a été de 10% entre les deux. Il ne faut pas oublier que 39,6 millions (ceux qui ont voté pour Haddad) ont décidé de voter pour la démocratie.  Il y a eu les indécis – 26 % plus ou moins, ceux qui n´ont pas voté – et ceux qui ont voté nul :7,5%. Donc, une grande partie de la société brésilienne n´a pas voté  Bolsonaro. Une autre particularité: ce vote montre que plusieurs ont voté contre le PT, explicitant la haine contre Lula, complètement manipulés par les médias et pour le discours moraliste contre la corruption orchestré par la judiciarisation de la politique, qui a eu bien sûr les médias et l´église évangélique comme  alliés. Nous ne pouvons pas non plus oublier une conjoncture internationale pour déstabiliser le Brésil, depuis longtemps, qui avançait contre le gouvernement du PT et ses politiques sociales, qui bénéficiaient aux classes les moins favorisées. Dans cet engrenage, il y a aussi les puits du pré-sel, qui intéressent les entreprises américaines. Après le coup d´Etat qui a expulsé Dilma du gouvernement, deux entreprises – Shell et Exon, ont acheté deux puits, à des prix dérisoires. Il ne faut pas oublier que les fakes news ont eu l´appui de plusieurs robots, groupes d´extrême droite principalement américains, qui ont aussi investi beaucoup d´argent pour expulser le PT du pouvoir. Tout cela avec l´appui d´une grande partie de la classe politique et des institutions brésiliennes.

Nous savons que ceux qui ont voté pour Bolsonaro ont plusieurs caractéristiques. 25% sont fascistes, selon des études. Il y a ceux qui veulent changer la situation économique Le chômage grimpe au Brésil. Il y a ceux qui veulent un peu plus de sécurité, à cause de  la violence. Il y a aussi une crise de la gauche, qu´il ne faut pas mépriser. À mon avis, pas seulement au Brésil mais au niveau mondial.

Et certes une crise de la politique représentative, très éloignée de ses bases. Qui penserait qu’un politicien socialiste est le préféré des américains, actuellement?

Nous avons besoin de résister. Affronter la peur dans le tissu social. La Boétie avait raison. Comment est-ce possible  cette peur du tyran? Il faut se rendre compte qu´il est en nous. Les effets de la dictature sont encore dans le tissu social. Il faut que nous affrontions la servitude volontaire que nous portons et qui gère la peur et la domination. 

Vous connaissez mon travail avec les favelas. Un grand problème que j´affronte est d’avoir des étudiants, des volontaires qui acceptent de travailler avec les favelas. Les gens reproduisent ce tyran stimulé par les médias qui criminalisent la pauvreté. Je dis cela, parce que nous avons besoin de construire un travail en commun, avec les périphéries. Le PT a besoin de faire cette autocritique, parce qu´il s´est éloigné des périphéries, de ses bases. Je dis toujours: il faut construire des ponts entre l´asphalte et les périphéries. L´université a besoin aussi de faire cette autocritique. Ces ponts sont un début d´action pour la construction d´un commun pas seulement au Brésil, mais dans le monde. Maintenant ce mot, commun, est chassé. C´est l´idéologie contre le communisme, contre les communistes. La stimulation des affirmations superficielles, sans analyses, est en vigueur. Comme dans la dictature. Je me réfère à un communisme immanent, engendré dans les agencements sociaux. Mais plusieurs qui sont contre le communisme n´ont pas même des critiques aux régimes de l´URSS et de la CHINE, à mon avis très omnipuissants où le commun a été falsifié et un capitalisme bureaucratique et centralisé s´y est institué. Et un néolibéralisme brutal – programme de grande concentration de rentes – avec les couleurs fascistes très nettes sont en cours ici.

Heureusement les universités publiques essaient de résister. Nous savons que les institutions sont divisées. Et rien ne va arriver si la société ne se mobilise pas. Il ne faut pas s´isoler. Il faut former un front démocratique de la société civile, proposent les professeurs d´USP.- L´université de São Paulo, pour affronter cette conjoncture qui se dessine. Evidemment la liberté, l´amitié, la création, la pensée, l´être ensemble sont indispensables.

Quelquefois, il faut vivre le manque de protection pour accéder à la création. Cette lutte est inexorable, elle devait arriver. La gauche, particulièrement le PT a pensé qu’un pacte avec les élites était possible. Il s’est trompé. Il a déplacé ce moment que nous vivons depuis longtemps. Nous ne pouvons pas nier que la société brésilienne a une histoire d’autoritarisme sans précédent. Maintenant c´est l´heure de déconstruire ce mythe du brésilien cordial.

Mais reste la question. Comment se mobiliser? Nous avons besoin de lutter pour la démocratie et de réinventer la gauche. Nous avons besoin des alliances internationales.

LucIä Ozorio

Professeure à l’Université de San Paulo Brésil

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